Le décès de Frankétienne, illustre écrivain, peintre, comédien et musicien, représente un deuil profond pour le monde culturel haïtien qui le vénère comme le « père des lettres haïtiennes ». Il était âgé de 88 ans. Il est décédé jeudi à la suite d’une maladie, dont le gouvernement haïtien n’a pas donné de détails dans son communiqué.
Né Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d’Argent, il a grandi dans le bidonville de Bel-Air, dans la capitale haïtienne, et est devenu ce que de nombreux auteurs considèrent comme l’écrivain le plus influent d’Haïti. Selon un communiqué du gouvernement haïtien, il est décédé jeudi des suites d’une maladie inconnue.
Des milliers d’individus ont versé des larmes à sa mort.
Selon le gouvernement haïtien, Frankétienne a été considéré comme l’un des fondateurs du spiralisme, un mouvement littéraire chaotique et pluraliste qui a vu le jour dans le pays des Caraïbes dans les années 1960.
Selon le gouvernement haïtien, il a rédigé des poèmes, des pièces de théâtre et des romans, dont « Dézafi », qui signifie « Défi », qui est devenu le premier roman moderne écrit en créole haïtien.
Son expérience de vie sous la dictature brutale de François Duvalier, plus connu sous le nom de Papa Doc, était à l’origine.
Frankétienne a également peint Au fil du temps, Ultravocal et Pèlin tèt, ainsi que Désastre, qui représente les victimes du séisme catastrophique de 2010, et Difficile émergence vers la lumière, qui représente les victimes de l’ouragan.
Frankétienne fut aussi, à la fin des années 1980, ministre de la Culture d’Haïti et décoré de l’Ordre des Arts et des Lettres de la France.
Le Premier ministre Evans Paul a exprimé son attachement à l’identité haïtienne, à la liberté d’expression et à la justice sociale.
Selon M. Paul, Frankétienne était bien plus qu’un simple artiste : il représentait une force vivante, un éclairage pour Haïti et l’humanité. Grâce à sa plume incisive, sa voix captivante et son regard visionnaire, il s’est imposé comme un géant de l’art et de la pensée haïtienne, un pilier indestructible. »
Le mapou est l’un des arbres les plus imposants d’Haïti et est respecté comme un arbre sacré.
L’année dernière, Michael Deibert, auteur de Notes du dernier testament : la lutte pour Haïti et Haïti ne périra pas : une histoire récente, se souvient d’avoir réalisé une interview avec Frankétienne.
Il a raconté que s’asseoir et discuter avec Frankétienne était une opportunité d’apprendre l’histoire et la culture haïtiennes, le vaudou, l’art et la créativité.
Selon M. Deibert, l’artiste possédait une combinaison vraiment captivante qui pouvait prendre des formes mystiques discursives, tout en étant à la fois spirituel et amusant. Il incarnait véritablement toute la créativité en Haïti. »
In memoriam à Dany Laferrière
Dans un texte dédié à l’artiste, Dany Laferrière, un écrivain québécois d’origine haïtienne, a exprimé son mécontentement face à la nouvelle, déclarant que son « cerveau refuse de la croire ».
Tout a été élaboré en mélangeant l’imaginaire et la réalité, le rêve et la réalité ordinaire.
C’est uniquement les enfants qui possèdent cette capacité pour fuir l’ennui qui découle de la monotonie des jours qui se succèdent lentement. Effectivement, Frankétienne est un enfant et c’est précisément cela qui constitue sa force.
Dany Laferrière
Dans son écrit, Laferrière évoque le souvenir de la première fois qu’il a découvert les œuvres de l’artiste, lors de son adolescence.
Je me souviendrai toujours de l’étonnement que j’ai ressenti en découvrant Mûr à crever (1968, j’avais 15 ans), en cachette pendant les cours. « Je me sentais comme si les tontons macoute allaient bondir à chaque instant pour m’emmener en prison », a-t-il raconté.
Il termine en ces termes : « Vous voyez, j’ai du mal à croire qu’un homme comme ça soit mort. » « Ce symbole de ma ville et cet observateur de mon existence. » « Je m’en souviens et je l’ai noté. »